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La différence et le droit à l’éducation

1 avril 2018
Par Alexandra Chaput, maman de Lorie 6 ans, Antoine 4 ans, Éliane 3 ans et Logan 1 an

 

Durant mes 10 ans de carrière comme éducatrice spécialisée, je me suis donnée corps et âme pour défendre les droits des élèves à besoins particuliers. J’ai dû ramer à contre-courant plus souvent qu’autrement. Des parents à bout de souffle et de ressources, j’en ai vus et j’en ai donc consolés au mieux de ma connaissance. Des enfants anéantis parce qu’ils pensent qu’ils sont moins intelligents, moins beaux à cause de leur différence, qui ne comprenaient pas pourquoi on leur refusait des mesures particulières, j’ai dû en consoler!

Je n’aurais jamais pensé qu’un jour, moi et mon fils serions assis à leur place. Mon fils est merveilleux, expressif, émerveillé à pas grand-chose et il porte une étiquette. Parce qu’il voit la vie en caléidoscope, on lui a mis l’étiquette d’autiste. À presque 5 ans, mon fils bénéficie de 16 heures de services en un pour un avec une éducatrice spécialisée du CRDI (centre de réadaptation en déficience intellectuelle). En gros, il a de grands besoins et il a beaucoup de retard par rapport aux enfants de son âge. Il a besoin d’une présence constante afin de l’aider à cheminer vers l’autonomie. Il reste encore beaucoup de choses à travailler, mais jusqu’à maintenant, il a fait des pas de géant!  

Nous avons rencontré les responsables de notre commission scolaire afin de discuter de l’avenir scolaire de mon fils. Le portrait n’est pas joli les amis, et j’angoisse depuis cette rencontre. En résumé, dans ma région, il n’y a aucune place disponible pour mon fils en classe adaptée; il devra donc être intégré en classe « régulière ». Alors, il sera dans une classe avec 19 autres élèves et une enseignante. On me rassure en me disant qu’une ressource sera libérée pour l’aider lors des transitions, mais aucune aide pour la classe. Ceci dit, on tente de me rassurer qu’une intégration progressive sera faite et qu’étant donné mon horaire flexible, cela devrait bien aller. On fait fi du fait que j’ai trois autres enfants, une entreprise et une santé mentale à préserver. On m’annonce aussi que nous devrons mettre la « gomme » pour faire le maximum d’intégration sociale avec Antoine étant donné que je n’aurai plus les services du CRDI en septembre.

Donc, en gros, on demande à mon fils « anormal » de cadrer dans un monde « normal ». Plutôt que de s’adapter à mon fils, il doit lui-même s’adapter à tout ce beau monde-là. Mon fils qui ne tolère pas les néons, ne tolère pas le bruit, ne tolère pas être avec plus de six personnes dans une pièce, lui qui est complètement épuisé après un avant-midi d’intervention, qui porte encore des couches, qui démontre des troubles de comportements lorsqu’il se désorganise. En gros, on me demande de faire en sorte qu’en septembre, mon fils soit tolérable en classe. En gros, on demande à mon fils de renoncer à tout ce qu’il est pour « fitter » dans le moule de notre système scolaire. J’en suis venue à la conclusion qu’on serait peut-être mieux de faire l’école à la maison, pas parce que j’en ai envie, mais plutôt parce que je m’y sens contrainte. Mon fils n’a pas débuté son parcours scolaire que c’est déjà un lourd combat. Ce que je vous raconte ici n’est qu’une toute petite pointe de l’iceberg. Alors mon ami, dis-moi, mon fils qui est jugé différent a-t-il droit à une éducation adéquate ? 

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