Par Nathalie D’Amours, FamillePointQuébec

 

Mandat
Selon le décret numéro 534-2019 adopté le 30 mai 2019 par le gouvernement du Québec, il est ordonné que soit constituée, en vertu de l’article 1 de la Loi sur les commissions d’enquête (chapitre C-37), la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse ayant pour mandat d’examiner les dispositifs de protection de la jeunesse dans les différents réseaux d’intervention concernés, de manière à reconnaître les enjeux et obstacles et à formuler des recommandations sur les améliorations à apporter.

Plus spécifiquement, la Commission doit :

entreprendre une réflexion sur les services de protection de la jeunesse, la loi qui les encadre, le rôle des tribunaux, le rôle des services sociaux et des autres acteurs concernés;

examiner l’évolution au cours des 40 dernières années des dispositions de la Loi sur la protection de la jeunesse, des connaissances liées aux meilleures pratiques d’intervention et des besoins des enfants en difficulté et leur famille;

jeter un regard contemporain sur l’ensemble du système de protection de la jeunesse et sur les interactions avec les partenaires œuvrant auprès des enfants;

prendre en compte la réalité des populations autochtones relativement à la protection de la jeunesse en s’appuyant notamment sur les travaux à venir de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics ainsi que sur les résultats de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

La Commission spéciale se donne la vision audacieuse de donner la parole à tous et de travailler avec audace et courage à :

retourner toutes les pierres du système de protection de la jeunesse pour rattraper ce qui nous a échappé en cours de route alors qu’il est à l’origine un modèle novateur, envié par bon nombre de nations;

s’inspirer des témoignages et des suggestions des jeunes, des parents et des intervenants pour proposer des façons de faire concertées, inclusives, respectueuses et à échelle humaine;

accueillir avec ouverture les multiples visages des familles et de la société afin de proposer des solutions à la fois novatrices et pragmatiques, mieux adaptées aux réalités actuelles;

formuler des recommandations porteuses de sens, génératrices de changements concrets qui ont des répercussions significatives et positives sur la trajectoire de vie des enfants et de leur famille.

Dans l’article 57 de ses règles de fonctionnement, la Commission peut inviter le public à lui faire part, par écrit, de son opinion sur les recommandations qu’elle pourrait formuler dans le cadre de son mandat.

Nous avons donc accepté l’invitation en produisant cette édition spéciale, car après avoir consulté l’ensemble des programmes des différentes parties impliquées : milieu juridique, CISSS et CIUSSS, DPJ, chercheurs, corps de police, syndicats, organismes et autres, une grande peur nous assaille. Est-il erroné de croire que quelques-uns se servent de cette plateforme pour faire valoir leur point de vue? Les commissaires sont-ils alertes à l’égard de ce danger? 

J’espère de tout cœur que ce grand chantier ne se terminera pas seulement par une réponse du genre : « Plus d’investissement donnera de meilleurs résultats! » Notre souhait serait que ces travaux démontrent clairement qu’il faut faire mieux en premier lieu. Est-ce difficile d’être plongé dans la détresse, quelle qu’elle soit? Est-ce une tâche agréable et souhaitable? Oh que non! Mais lorsque nous choisissons d’être impliqués, il faut le faire bien. 

Les droits des uns s’arrêtent lorsque ceux des autres commencent! Ne devrait-on pas garder en mémoire cette maxime? Un système basé sur l’idée « tant pis pour les dommages collatéraux » ne peut être acceptable. Même pour un enfant, ce qui est bien aujourd’hui ne le sera probablement pas demain, car l’enfant est unique! Nous espérons de tout cœur que ce chantier soit un plus pour toute notre société et tous les membres la constituant.